L’article 49 stipule que « le président de la République est le chef de l’Etat et le symbole de l’unité de la patrie. Il veille au respect de la Constitution et à la sauvegarde de l’indépendance du Liban, de son unité et de l’intégrité de son territoire conformément aux dispositions de la Constitution. »

Arrêtons-nous sur l’expression « le symbole de l’unité de la patrie » et sur le fait que le Président « veille au respect » de cette unité. Il est désormais reconnu que la création du Liban constitutionnel avec pour base une répartition confessionnelle des pouvoirs, portait déjà les failles menaçant le corps de l’entité libanaise. L’histoire du Liban est jalonnée d’exemples confirmant cette dangereuse réalité. Une réalité qui ne peut être ignorée et qui devrait être un objet de réflexion et de traitement.

La Constitution d’avant Taëf stipulait que le pouvoir exécutif était confié au président de la République, lequel pouvait nommer des ministres et choisir parmi eux un chef. Les pratiques des Présidents d’avant Taëf étaient critiquables. A partir de la troisième année de leur mandat, les chefs de l’Etat subissaient les attaques des différents partis, des groupes parlementaires et

de l’opinion publique particulièrement représentée par la presse libre du pays. A cause de ces campagnes de dénigrement, il ne restait plus personne à la tête de l’Etat pour veiller à la sauvegarde de la Constitution et de la souveraineté de la patrie. Situation qui engendrait un danger au niveau national, et presque typique de tous les mandats présidentiels.

La crise au Liban avait commencé bien avant 1975, date où elle a éclaté au grand jour. Avec le temps, tous les chefs d’Etat successifs se sont rendu compte qu’il y avait une défaillance au niveau de la présidence de la République. Ils se sont alors souvenus d’un grand homme de la vie publique qui avait formulé cette fameuse phrase à leur sujet : « le responsable ne gouverne pas et le dirigeant n’a aucune responsabilité. » Il signifiait par là que le gouvernement, et son chef en particulier, étaient responsables sur le plan constitutionnel et légal mais ne gouvernaient pas en pratique ; le véritable chef était alors le président de la République, lequel n’était responsable des actes de sa fonction que dans le cas de violation de la Constitution ou de haute trahison.

De là, la déclaration ministérielle du gouvernement de Rachid Karamé en 1984 devant l’Assemblée nationale – suite à laquelle le cabinet a été investi d’un vote de confiance –, déclaration qui proposait des amendements constitutionnels, dont le transfert du pouvoir exécutif du président de la République au Conseil des ministres. L’accord de Taëf a adopté dans sa première partie intitulée « Principes généraux et réformes » l’amendement en question, qui par la suite a été introduit dans la Constitution amendée.

En ôtant au Président le pouvoir exécutif, l’accord de Taëf a fait de lui le symbole de l’unité de la patrie, et celui qui veille à la sauvegarde de cette unité. Et la première condition pour réussir dans cette mission, est de ne prendre fait et cause pour aucun camp ni aucun parti. Le Président doit s’employer continûment à regrouper les parties litigieuses et à empêcher que leurs divergences ne portent atteinte à l’unité de la patrie. La liberté de comportement politique chez toutes les parties s’arrête dès lors qu’elle touche à l’unité de la patrie. Par ce concept, le Président, libéré de la direction du pouvoir exécutif, est à l’abri des critiques et ne peut plus être un sujet de récriminations. Il est élevé au rang d’un arbitre respecté, écouté, à même de sauvegarder l’unité de la patrie, il est le pilier de son indépendance et de sa souveraineté.

Mohammed Youssef Beydoun a été député de Beyrouth (1972-2000), ministre de l’Industrie et du Pétrole (1980-1982), ministre des Ressources hydrauliques et électriques (1990-1992) et ministre de l’Education nationale, de la Jeunesse, des Sports, de la Culture, de l’Enseignement supérieur et de l’Enseignement technique et professionnel (1998-2000).